08.04.2011
Note #16: 41 Beds
Entre Paris et Melbourne, on observe un fossé de 16775 km dans lequel on retrouve divers pays, divers océans, diverses altitudes, divers régimes, diverses saisons, diverses couleurs, diverses cultures, divers sexes, diverses mentalités, divers horaires et quelque fois, des horaires d`hiver, de printemps, d`automne et d`été.
Melbourne m`a accueilli, ni gentiment, ni méchamment ; plutôt dans l`indifférence. Un nouvel être humain composé de cellules biologiques comme tant d`autres ne lui a pas fait dérouler le tapis rouge ; la nationalité française du nouvel envahisseur l`a fait sourire puis soupirer.
Melbourne était un peu arrogante et trop souvent vénale bien qu`elle ait des formes qui nous poussent à rester un peu en sa compagnie. Au bout d`un mois et quatre lits, je l`ai quitté pour la Tasmanie qui, elle, nous est plus familière. Elle est classe, cette classe française qui manquait a Melbourne, un peu plus prude donc plus charmante. Timide mais joueuse et en fait frivole derrière une certaine hostilité apparente. Hostilité de protection qui lui évite d`être considérée comme trop « facile ». Elle m`a plu, m`a offert 11 lits – elle papillonne beaucoup – et m`a encouragé à aller voir ailleurs. La Tasmanie aime dominer, malgré sa petite taille, et arrive à persuader très facilement. Sans lui répondre, je suis retourné a Melbourne pour l`histoire de quelques jours.
Cette dernière a failli m`avoir et me séduire pour m`installer dans une routine mais la lointaine famille féminine de la « Western Australia » m`a fait de l`œil. Ne reculant devant rien et agissant comme un homme en rut, je me suis précipité sur elle, sans lois, ni morales. Cependant, la route pour la rejoindre était truffée de pièges ; elle ne me l`avait pas dit. Je suis passé par neuf lits sur 4200 km, par forcement accueillants. J`en ai bavé pour la voir et, une fois que vous la rencontrez, vous ne pouvez qu`être déçu. Elle est belle, physiquement presque parfaite. Justement, elle est peut être trop parfaite, trop comme dans l`imaginaire ; elle ne nous surprend pas ; elle correspond au fantasme. De ce fait elle vous attire. Mais la déception, l`énorme désappointement, arrive quand vous commencez une discussion avec elle. Il s`avère qu`elle est raciste, homophobe, ostentatoire. Très fermée en quelque sorte. Sous ses traits de jeunesse apparente, elle reste très vieille, surtout dans les idées. Elle dénigre la réflexion, les concepts, la philosophie, la connaissance « savante » au profit des valeurs « travail » et « patrie ». Elle écoute seulement d`une oreille et essaye de vous imposer ses idées. On peut dire qu`elle est chiante. En plus, elle aime les militaires et les muscles tatoués. Oui mais. En elle, on sent qu`il y a des sortes de renégats, de déserteurs d`elle-même qui la poussent, de temps a autres, et en certains endroits précis, a changer son comportement. Elle est quelque peu schizophrène. Et elle fait pas semblant dans la schizophrénie : Tout d`un coup, elle devient aidante, amicale, ouverte, presque militante. Ca reste rare mais quand elle change de costume, c`est un bol d`air pour un héritier de Voltaire. Elle connait des petites pépites naturelles, suffisamment mures pour vous attirer. Elle les protège comme si c`était ses filles. Chez elles, j`ai connu 15 lits, en peu de temps. Elles restent consommatrices et ne veulent pas de ta compagnie indéfiniment. Elles aiment savoir qu`elles plaisent. Et il arrive un moment ou l`on ne peut plus suivre, ou plutôt le corps ne peut plus suivre. J`ai du abandonner. Je suis retourné dans l`anonymat de Perth. Celle la, je n`en parle pas puisqu`elle est très fade. Elle ne présente pas d`intérêt intellectuel et encore moins physique. Elle se la pete un peu puisqu`autour d`elle il n`existe personne pour la remettre en cause. Il n`y a rien de pire que ces prétentieuses par défaut.
Anyway, après quarante et un lits en six mois, je peux dire que l`Australie fatigue mais aide à ouvrir les yeux, après coup. Elle suscite l`interrogation, elle vous expose une diversité intellectuelle et physique, elle vous montre l`intérêt du pratique, elle vous amène au mot douleur – tant physique que morale -, elle vous explique ce qu`est la découverte, le bien être, l`hostilité, la rareté, la générosité. Elle vous transforme en Flash Gordon sans vous offrir Wonder-Woman. Celle-ci, je la rencontrerai sans doute chez ses cousines Européennes.
V.
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07.04.2011
Note #15: Guillaume Vigneault
« A la télé, on montre la navette spatiale toute harnachée, illuminée, frémissante dans les vapeurs d`hydrogène prête à décoller […] Envoyer un kilo en orbite coute dix mille dollars. Tarif Nasa. Je ne sais plus ou j`ai lu ca. J`ai deux cent dollars sur moi. Vingt grammes. Je pourrais envoyer vingt grammes dans l`espace. Un capuchon de stylo, une belle quantité de rognures d`ongles. Ce jonc que je porte au coup, pendu a ma chaine, entre autres reliques, l`amulette aztèque et le petit avion d`argent. Couché sur le capot de la Buick, j`écoute le compte a rebours diffusé par d`énormes hauts parleurs. Il y a beaucoup de monde, beaucoup de chaises de jardin, de glacières, de morveux hystériques. Ca semble être un événement très couru. J`ai acheté des jumelles en plastique a un vendeur cubain ambulant. Les cameras vidéos courent déjà, dans l`attente du prochain Challenger. Je me demande s`ils ont imprimé des tee-shirts commémoratifs, pour l`explosion de Challenger. Surement.
A moins vingt secondes, une clameur retenue monte sourdement de la foule. On semble hésiter entre l`encouragement sportif et le chuchotement respectueux, comme si on n’arrivait pas à se décider ; a savoir : la navette est-elle un athlète, une vedette pop ou une machine sophistiquée ? Gretzey, Britney Spears ou Kasparov ? Puis le ton monte, moins dix secondes, on siffle, moins cinq secondes, on hurle. Mise à feu. Britney Spears. »
« - Bof, ca se discute… Tu dramatises. Mais, anyway, t`as envie qu`on t`aime pour tes qualités, euh… objectives ? Comme un divan chez Ikea, une boite de conserve ? Ou alors tu veux qu`on t`aime pour tes défauts ? T`aimer pour tes qualités, c`est a la portée de n`importe quelle conne ; c`est pas mieux que de t`aimer pour ton fric, a la rigueur, si t`en avais… C`est laid ! T`aimer pour tes défauts, ca, tu vois, c`est du solide. Tu risques jamais de décevoir…
- Cretin. Et tu tiens ca d`ou, ta petite théorie néo-romantique a la con ?
- Je tiens ca d`ou ? Ha ! Ha ! Elle est trop bonne ! Je tiens ca de… de Jacques Dubois ! Merci beaucoup…»
Guillaume Vigneault, Chercher le vent
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10.03.2011
Note #14: Histoire(s), avec ou sans sa grande hache, de plagiat
Il est une mode, dans l`air de ce temps, une mode bien française qui a tendance a m`agacer quelque peu. Cette mode est la dénonciation de plagiat a tout va. Un peu comme la dénonciation d`antisémitisme. Aujourd`hui, tout le monde se voit attribuer la lourde « insulte » d`antisémite (Bourdieu, Badiou et Mermet, par exemple). « Tout le monde » se rapporte au monde intellectuel de gauche. Pour ce qui est du plagiat, ce n`est pas réservé au monde intellectuelo-politique de gauche. Des personnes comme PPDA, Houellebecq ou Al-Islam Khadafi – fils de ce président « qui fait avancer la démocratie au moyen orient », sic - se sont vu récemment attribuer cette « étiquette » de plagiaire. A juste titre ou pas, d`ailleurs. La n`est pas la question.
Ce petit préambule pour signifier ma crainte de me voir forcer d`arborer cette appellation du fait de ma reprise de la «grande hache » de l`histoire chère a G. Perec. Par la, je veux signifier un questionnement quant au mot plagiat. Un artiste musical peut se voir infliger cette insulte en s`inspirant de paroles ou de tonalités musicales déjà existantes. Un écrivain, de la même manière, par utilisation d`une tournure de phrase ou d`un ensemble de mots. Un thésard par la reproduction d`un travail déjà effectué. Et j`en passe. Pourtant, on ne l`attribue pas a certains domaines. Par exemple, la politique. Effectivement, personne n`est taxé de plagiaire de programme ou de réformes politiques. Lorsque notre président N.S. s`en prend virulemment a une minorité ethnique et religieuse, il est dans le plagiat de son mentor, dans ce domaine, JM. LP, lui-même dans le plagiat idéologique de son ami C. Mauras. Pourtant, bien que certains fassent le lien, personne ne les dénonce de plagiat. Avec toute l`ironie que je souhaite utiliser, pourquoi ne pourrait-on pas dire que les peuples arabes ne sont pas des plagiaires de l`Histoire en référence a ce « printemps des révolutions » de 1848 ? Révolutions qui ont vu la France, l`Italie, l`Allemagne changer de régimes politiques par la simple action du peuple. La similitude est en effet flagrante et les journaux français ne s`y trompent pas quand ils nomment ce mouvement «le printemps arabe ». Ces révolutionnaires arabes manquent d`imagination, ils auraient pu inventer autre chose tout de même. C`est du ressasser, du déjà fait.
Tout comme notre feu S. Gainsbourg lorsqu`il « crée » et chante la ballade de Melody Nelson ; un disque entièrement référencé a la Lolita de V. Nabokov. S`il ne l`a pas copié, il s`en est fortement inspiré, il le déclare sans s`en cacher. La critique de l`époque, notamment dans le journal branché de cette ère « Actuel » lui reconnaissait tout le talent qu`on lui connait. Moi-même, en découvrant cet album-concept, je me suis dit que ce Serge était un immense compositeur-interprète-musicien ; et non un plagiaire.
Une chose est certaine, dans tous les exemples que l`on a pu voir, les hypothétiques ou les véritables plagiaires réutilisent et s`inspirent d`une œuvre, d`une idée ou d`un mouvement qu`eux-mêmes jugent « géniale » - dans son sens premier. PPDA pour la biographie d`H. Hemingway ; Houellebecq pour les pages Wikipedia concernant la creuse, le fils Khadafi pour une thèse d`économie, N.S pour les idées racistes de Mauras, les révolutionnaires arabes pour le printemps des révolutions, Gainsbourg pour l`œuvre de Nabokov. Moi-même pour la hache de Perec. Ce qu`il faut comprendre, et c`est la ma principale idée, c`est que ces « plagiaires » plagient puisqu`ils trouvent qu`il serait dommage de ne pas réutiliser quelque chose de fort, de beau, de grand qui a déjà été mis au monde. Il s`agit tout bonnement d`une sorte d`hommage. Tout plagiaire veut rendre hommage a l`œuvre plagiée (et donc a son créateur).
La ou la condamnation du plagiaire a réellement lieu dans les instances juridiques, c`est lorsque l`hommage comporte l`omission de rétribuer cedit hommage. Cependant, selon qui nous sommes et comment nous présentons la chose, nous n`avons pas les mêmes risques de se voir décrit comme plagiaires. Une sorte de justice a deux vitesses, si je puis me permettre. Et pourtant, jouer (en faisant des références sous cape) avec son lectorat, son spectateur, son auditeur, son électeur, ses espoirs, est une chose fortement agréable mais qui se perd peu a peu tellement nous vivons dans un monde de propriété et ou l`on doit toujours référencer ce que l`on dit, ce que l`on pense, ce que l`on fait. Par exemple j`aurais tellement aimé ne pas citer G. Perec pour que ceux qui connaissent cet écrivain esquissent un petit sourire a la lecture de cette référence. Saupoudrer et envelopper une idée, une phrase, un tableau de références subtiles est un exercice qui devient de plus en plus difficile. J`ai le sentiment qu`il n`existe plus qu`une manière de rendre hommage, celle créée par cette dénonciation du plagiat a outrance, qui est de dire explicitement : « je veux rendre hommage a… ». Fade. Ma crainte, en fait, réside dans le fait que cette dénonciation de plagiat se généralise a tous les domaines et qu`elle tue toute idée créatrice – en omettant pas le fait que la création puise sa source dans le « déjà existant ». De la même manière, la dénonciation hideuse d`antisémitisme a outrance amène a la situation ou l`antisémitisme se banalise et ne devient plus un « crime » - « puisque tout le monde est antisémite, finalement, ce n`est pas très grave de l`être », voila le risque.
Cependant, bientôt, très bientôt, nous pourrons plagier des êtres humains dans tout ce qu`il y a d`ignoble, par le clonage, et cela ne soulèvera que peu de contestation. Simplement puisque l`on n’utilise pas le terme de « plagiat d`êtres humains » mais de « clonage d`êtres humains ».
Il est des mots destructeurs.
V.
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